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vendredi 26 septembre 2008

Fin du Voyage à Compostelle d'un homme de peu de foi




Voilà, mon blog est terminé.


Pour en savoir plus, pour conaître la fin de l'histoire, pour avoir le plaisir de tourner des pages dans tous les sens, vous pouvez vous plonger dans mon bouquin, c'est formidable un livre, quelle belle invention :

"Voyage à Compostelle
d'un homme de peu de foi"


Carnet de voyage d'un athée sur le chemin d'Arles à Saint-Jacques-de-Compostelle.
Souvent seul, l'auteur, Jean-Claude Barbier, ancien enseignant, exprime, hors des sentiers battus une réflexion poétique du monde, sous forme de petits textes fixant des "instantanés", et une réflexion philosophique sur le sens de la marche en général. Il passe des problèmes physiques quotidiens à des interrogations métaphysiques. La marche au long cours - pour lui un art de vivre libre – lui révélera quelques secrets sur l'usage du monde. S'il partage cette riche expérience, ce n'est pas pour enseigner quoi que ce soit mais pour donner envie à tout un chacun de sortir de sa coquille et de vivre cette aventure exceptionnelle de l'itinérance qui marque à jamais une vie.


192 pages illustrées de photos en couleur de l'auteur – Impression numérique
Prix selon format : A4, 30 € - A5, 25 € (attention, petits caractères)
Commander chez l'auteur (chèque du montant du livre au format choisi plus 3€ de frais de port) :

Jean-Claude Barbier
1 impasse des Coussières, 04000 – Digne-les-Bains – France
Tél : 0492324330 - jeanclaudebarbier@neuf.fr

Possibilité de présenter une causerie avec diaporama sur dvd (défraiement du déplacement).

lundi 16 juin 2008

45 - 46e étape (Leon)

45 - Leon – Villar de Mazariffe
(Leon)

Enchaîné aux flèches jaunes
le pèlerin d'aujourd'hui
peine à gagner le large

Le Paramo est un plateau du Leon, une petite Meseta, mais d'aspect moins désertique. Il est arboré de chênes verts. Des pâturages, des parcours à moutons y ont été conservés. J'ai préféré prendre cet itinéraire plus long pour éviter la foule qui se presse désormais sur le Chemin, ainsi que les pistes qui longent routes et autoroutes.

Maigre, genou bandé,
appuyé sur son bâton
un pèlerin japonais
claudique vers la sortie de ville

Désormais, le peuple pèlerin est international. Espagnols, Italiens, Français, Polonais, Hongrois, etc … Mais au-delà de l'Europe de souche catholique, on rencontre aussi de nombreux Québécois et maintenant quelques Asiatiques. Certains cheminants sont très obstinés et veulent coûte que coûte parvenir au but.


La bête moutonnante
à cent dos
illumine de sa toison
le désert du Paramo



En vérité,
clochers murs et clochers tours
furent élevés pour les cigogne






(veuillez accepter, rien que pour vous, ce bouquet de cigognes, envolées)





Les gens paraît-il s'enterraient
avec les barriques
pour résister à la chaleur

Dans les fermes du Paramo (Reliegos, Fresno del Camino
Ondine du Val d'Ondine) des caves attenantes aux maisons sont ensevelies sous des tumulus de terre. Elles servaient, parait-il, aussi bien à conserver le vin qu'à protéger en été les habitants des très grosses chaleurs.




Sur le plateau venté
des cairns aussi fragiles que la solitude
balisent la chaussée


La cloche fêlée
sonne un glas
encore plus désespéré

(Villar de Mazariffe )


Le portail grince
le coq chante à tue-tête
les dindons rouspètent -
Ce vent détraque la basse-cour

(Villar de Mazariffe )


A chaque station
la bière San Miguel
tient le compte pour Santiago


Vite
Qu'on nous rende
notre part de nature !

"Ne permettons pas qu'on nous enlève la part de la nature que nous renfermons. N'en perdons pas une étamine, n'en cédons pas un gravier d'eau." René Char





46 - Villar de Mazariffe – Hospital de Orbigo – Astorga
Leon



La poésie - folie volontaire -
décale les formules du monde
pour qu'il vibre autrement

(dans le crachin de Mazariffe)


Fruits noirs de l'arbre mort
les corbeaux à mâtine
sonnent la corne de brume



Merci au roi des ponts
pour la hauteur de vue qu'il donne
sur une si belle étendue

A l'Hospital de Orbigo, on passe un des plus longs ponts romans du Camino : deux cent quatre mètres sur vingt arches. Franchissant la rivière Orbigo, il reliait le village à l'Hospitalité construite au XIIe siècle pour les pèlerins par l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem.





Disséminés sur le parcours
des sanctuaires sauvages
tels des épouvantails



De la croix du plateau
on aperçoit la ville
et les monts se rapprochent

(Santo Toribo)



Le retable de la cathédrale
- beaucoup d'art pour rien

(Astorga)




Ce fada d'architecte
a construit un château de fées
pour les évêques !

Gaudi, plus délirant à Astorga qu'à Leon, n'a pas hésité à édifier un palais épiscopal (1889-1893) sur le modèle d'un château de contes de fées. Mais le bâtiment au beau portique n'a jamais servi de résidence à l'évêque. Celui qui l'avait commandé, et qui était l'ami de Gaudi, mourut avant la fin des travaux et le palais épiscopal devint un musée.









44e étape - Dans le Leon

44 - Bercianos – Mansilla – Leon
(Leon)















Le Camino semble parfois un encierro
où les moutons
ne savent plus vers quoi ils courent

L'encierro est la mise au toril des taureaux avant la corrida, à travers les rues closes de la ville. Le parcours des animaux est entièrement fermé par un jeu de barrières. Ainsi, certains pèlerins pressés, grégaires, craignant de ne pas trouver de place à l'albergue prochaine donnent l'impression de faire une course contre la montre, prisonniers dans les barrières du Chemin (les flèches jaunes) dont ils ne s'évadent jamais. Ils partent à la nuit, lancent des rumeurs de fermeture d'hébergements, courent comme des moutons effrayés, ne s'intéressent à rien, arrivent épuisés à l'étape à trois heures de l'après-midi, et s'endorment ou s'ennuient. Danger d'enfermement dans son effort, dans "son pèlerinage" qu'on veut terminer à tout prix. Chacun pour soi à la conquête de ciel !


En Espagne, il n'y a pas que
les cathédrales
il y a aussi les anarchistes
et les séparatistes
qui veulent le "Leon sans la Castille"








Ces villages du silence
vivent aux chants des merles
et au klaxon du pain
Les croix du cimetière
ont pris le large
et balisent le Chemin

L'enclos des morts
est à l'écart
sans contagion pour les vivants





De son fer la brume
efface le pays
et dissout les marcheurs






Tout l'art
est de capter l'espace
la pureté du vide



Surprise
il n'y a plus de nature
sur le chemin du surnaturel





De son vin d'aurore
le soleil
rougit la terre



Fatalisme caminaire :
la pluie le goudron les puces les ronfleurs :
"Ça fait partie du Chemin" !

Et brusquement cette "vision-pourquoi-pas" :

Arrivé au bout de la terre
il s'est déshabillé
a dit : merci de garder mes affaires
et il est parti nager
- sans retour


Mon vieux Gaudi
ta Casa se marie bien
aux bâtisses gothiques


Gaudi (1852 – 1926), génial architecte catalan, a construit à Leon un château néo-gothique, la Casa Fernandez (1891-1894), qui est occupé aujourd'hui par une banque. L'entrée principale est dominée par une statue de saint Georges tuant le dragon (variante de saint Jacques matamore). En face du monument, une statue de bronze représente l'architecte, assis, en train de dessiner. Sa plus célèbre réalisation est la cathédrale de la Sainte Famille, à Barcelone.


Fatigué
j'ai raté les fresques romanes
de San Isidoro
Il faudra revenir

A Leon, l'église San Isidoro est considérée comme l'ensemble roman le plus complet. La crypte du Panthéon Royal est appelée "la Sixtine de l'art roman", à cause des ses remarquables peintures du XIIe siècle qui racontent la rédemption selon la liturgie mozarabe (c'est-à-dire des chrétiens de l'Espagne musulmane).




L'hôpital des pauvres
est devenu un hôtel de riches
Les yeux clos
du jacquaire de bronze
désavouent

(Parador de San Marcos – Leon)

Ironie de l'histoire. L'hôpital San Marcos fut construit au XIIe siècle pour recevoir les pauvres. Au XVIe siècle, l'hospice devint un lieu d'accueil pour les chevaliers de saint Jacques. Et aujourd'hui, c'est un hôtel haut de gamme, un parador, pour les riches !




A Leon
la quintessence de l'Espagne
d'hier et d'aujourd'hui

lundi 26 mai 2008

42e étape - Fromista - Calzadilla de la Cueza

42 - Fromista – Villalcazar – Carrion de los Condes – Calzadilla de la Cueza
Castille












Peu importe ses tombeaux
l'église est d'abord là
pour protéger le puits

Il me plaît de penser que l'énorme église fortifiée des Templiers de Villalcazar a pu être bâtie juste pour défendre le puits qu'elle abrite.



Bataille contre les moucherons
Ils cherchent l'ombre du chapeau
Je ne suis pas assez bon
pour leur offrir
l'eau de ma peau

"Ce pays est plein de richesses
d'or et d'argent …
Le lait et le miel y abondent
… Cependant il est dépourvu de bois"

…écrivait déjà Aimery Picaud dans "Le Guide du pèlerin" au XIIe siècle. La déforestation ne date donc pas d'aujourd'hui !


Grâce au Camino
une ligne d'arbres
défie le ravage agricole


Des peupliers
baignent leur ombre
dans les flaques de la voie


La formule de ces terres sans fin ?
Elles donnent du pain aux hommes
et congé à la nature


Un tracteur gratte la terre
- qui libère une odeur
de patates





Compagnon tu vas trop vite
La hâte d'en finir
te conduira en tendinite


Ici les oiseaux ne chantent pas
ils protestent
pour la Terre

(Carrion de los Condes)


Comment vivre sans nature ?
Leur seul plaisir de corps
est de marcher en bord de route

Les habitants de Carrion de los Condes sont isolés au milieu d'un désert agricole et entièrement privés de nature. Pas d'arbres, pas de relief, pas de prairies, si peu d'oiseaux, rien que des terres labourées à perte de vue. Vivre là serait pour moi la punition suprême. Les pauvres joggeurs et marcheurs sont condamnés à faire des allers et retours sur d'interminables pistes rectilignes qui longent la route. Quelle tristesse, un plat pays !


Chemin droit sur morne plaine
mirage d'arbres à l'horizon
Pays d'hommes sans rêve ni mémoire


Un lancinant désert à marcher
où le vide du dehors
s'évacue en dedans

Ces plateaux démesurés dégagent une impression tragique. Défis, lieux de combat, voire de perdition, ils donnent une sensation d'écrasement et des envies de fuite. On se sent davantage perdu en pleine terre qu'en pleine mer ! Vertige horizontal, haut lieu de néant existentiel, rien à quoi s'accrocher. Cruauté des grandes étendues pour le piéton réduit à son infiniment petit. Dans ce grand large, quelques hommes sont debout, seuls, disséminés, peut-être des mirages. Le peuple pèlerin s'effiloche comme une vieille serpillière. Certains s'enferment dans leur solitude. Apocalypse rouge où le marcheur sombre s'il ne sait nourrir son intériorité. Pour en finir avec ce vide qui lui donne le mal du plateau, le marcheur accélère son rythme, au risque de se détruire. Espace mortel et infernal. S'il n'y prend pas garde, il court à sa perte, écrasé par la dictature de l'horizon. Il fait l'expérience de sa fragilité. S'il gagne, il en sort renforcé.



Le village du dernier moment
montre un clocher au marcheur épuisé
- celui du cimetière

Calzadilla de la Cueza a le sens de l'accueil.


Ah l'oasis rose des villages
au creux de houle
des terres à blé !
Ah le plaisir du bain glacé
à l'éden du refuge !

Une piscine, même glacée, est un cadeau inespéré. A Calzadilla, ce sera la seule trouvée dans une albergue sur tout le Camino.




L'étrange du pueblo
est son silence enchanté de merles
- un lieu sans voitures
laissant le champ libre aux oiseaux

Comme les autres villages de la Meseta, Calzadilla de la Cueza, est une île de silence. Au bout de l'horizon, on a gagné un autre monde, une autre époque. Pas de voitures, aucun bruit, sinon le chant des merles. Le soir on entend rentrer les tracteurs. Le repas et la veillée seront chaleureux à l'auberge. Les liens du peuple nomade se resserrent. L'ambiance est conviviale. Le bon vin espagnol coule à flot. Chacun fait provision d'amitié pour affronter les grandes étendues du lendemain.


Le soir la famille violon
régale la compagnie
de mélodies mêlées à des sourires d'enfants
Demain ils s'en iront sur des ânes





Joie du festin entre amis
digne de l'abbaye
du Bien-Vivre


Villages de meseta
escales bienheureuses
pour les frêles esquifs des marcheurs
au long cours

41e étape - Castrojeriz - Fromista












41 - Castrojeriz – Boadilla – Fromista
Castille




Ce village mêlé de ruines,
le matin rose
l'embellit

(Castrojeriz)




Le pont romain,
le temps l'a enterré
et la rivière s'en est allée


baigner d'autres cortèges




Nouvelle Meseta
nouveau compagnon
- un baroudeur du Camino -
La brume se dissipe

























"Enfin assez d'espace et assez d'air"
enfin assez de liberté !

Walt Whitman



Un pilori gothique
c'est assez
attachant



Toi le voleur toi le pillard
on te clouait à un chef-d'œuvre
pour la fureur publique


"Frères humains qui après nous vivez,
n'ayez les coeurs contre nous endurcis ..."


François Villon

(Merveilleux pilori gothique de Boadilla)








Un plaisir simple,
le chemin de hallage
puis les écluses
- grands escaliers d'eau

(Canal de Castille - Fromista)











Sortir de sa coquille
Transhumer pour de nouveaux pâturages
devise de pèlerin



Quand on ne croit pas au ciel
on croit à la terre
La transhumance est une transcendance
La transhumance est la recherche d'un ailleurs, d'un mieux, une démarche de transcendance. Une longue marche prépare souvent de grands changements (Anabase, Mao Tse Toung, Gandhi ...)


Envie d'embrasser
cette splendeur romane
tellement est douce
la lumière de son corps

(San Martin, de Fromista)








jeudi 15 mai 2008

40e étape - Burgos - Castojeriz

40 - Burgos – Hontanas – Castrojeriz
Castille



De la pluie
le sage a dit
elle fait partie du Chemin





Lente montée au plateau
des espaces ventés
Meseta du grand vide intérieur

Cette fameuse Meseta de Castille est un immense plateau ondulé, à 900 mètres d'altitude. Plateau de démesure. Il est planté de céréales, à perte de vue. A l'automne, après les moissons, il offre un aspect désertique. De pauvres villages, à moitié abandonnés, l'habitent de loin en loin. Ambiance western. Longues distances et monotonie constituent une véritable épreuve pour le marcheur. Cette Meseta peut effrayer ceux qui n'aiment pas les grandes étendues. Pourtant ils sont favorables à une réflexion en profondeur si on supporte le tête-à-tête avec soi-même. La marche automatique libère l'esprit. Il faut compter une semaine pour traverser ces plateaux jusqu'aux monts du Léon que l'on verra apparaître avec satisfaction. Mais certains marcheurs trop pressés forcent leur organisme et le détraquent. Beaucoup de pèlerins se trouvent contraints d'abandonner ici, n'ayant pas su gérer leur effort.



Par rafales les anges passent
et déversent leurs eaux
sur les fourmis processionnaires

Ola, buen Camino !
Litanie des pèlerins
emmitouflés dans leur poncho


Ils ont laissé un arbre
Quelques alouettes
ont esquivé les machines

Quelle est l'histoire
de ce paysage délirant
où les villages se terrent ?



Pauvre fille pillée
pour abuser de ta fertilité
- A qui profite le crime ?

Ces immenses terres à blé de la Castille du nord ne semblent pas profiter à la population locale. Villages, pauvres, désertés, délabrés. Ils n'existeraient plus sans le Camino qui amène des clients aux auberges et aux restaurants. Rien à voir avec les villages de l'Aragon ou de la riche Navarre. Ici pas de grues de construction.


Ce village de pisé et de paille
vient de l'âge des cabanes blotties
- élégance primitive

(Hontanas)


Le corps n'est pas une machine
L'usage le perfectionne
et l'effort l'affûte


Ni pluie ni boue ni marcheurs
je suis seul et libre
avec le vent



Le Camino sans âge
passe sous l'arche gothique
du porche du couvent

Le Chemin et la route actuelle passent sous le porche du couvent ruiné de Saint-Antoine (XVe siècle). La spécialité de ces moines était de soigner le feu de Saint-Antoine, ou mal des ardents. Cette maladie endémique et mortelle du Moyen Âge provoquait une gangrène. Elle était due à l'absorption de seigle parasité par un champignon, l'ergot. Ce fléau était dû à la mauvaise alimentation. Le fameux retable des Antonins d'Issenheim visible au musée de Colmar, chef d'œuvre de Mathis Grünewald, représente les plantes utilisées par la congrégation des Antonins pour lutter contre cette maladie de la pauvreté.


Sur un mur des ruines
le guide montre
le cochon de saint Antoine
pour nourrir le peuple
et affoler les musulmans

Saint Antoine est aussi le patron des ramasseurs de truffe qui utilisaient autrefois un cochon pour en faire la cueillette.


Dans la rosace, la lettre Tau
croix du supplice
signe des élus

La croix de Saint-Antoine (le tau - T) était imposée aux malades pour les soigner. Dans la Bible, la lettre Tau est le signe des élus (Ézéchiel 9, 4). Au Moyen Âge, les bâtons d'évêque pouvaient aussi avoir la forme d'un Tau.


Quand puces et punaises
s'emparent des refuges
cela fait-il partie du Chemin ?

Le renoncement a ses limites ! et la salubrité des locaux laisse parfois à désirer, à cause de la surfréquentation. Il arrive de trouver porte close pour désinfection des auberges !

L'auberge est pleine
Je loge à l'hôtel
quittant l'utopie du Chemin
pour le monde réel

L'itinérance fait basculer dans un monde irréel. Elle désintoxique de la société de spectacle et de consommation. Abandon des habitudes, retour au corps et à l'essentiel, fin de la surconsommation, découverte de nouvelles valeurs liées aux rencontres et à un mode de vie frugal dans des hébergements collectifs. Par la marche itinérante, on accède à un nouvel art de vivre, l'art de vivre libre. Le monde du Chemin a ses règles et ses rites qui transforment le pèlerin, c'est une utopie vécue. A Castrojeriz, l'auberge étant complète, je dois loger à l'hôtel et me retrouve brusquement plongé dans la vie "normale" (confort, télé, draps propres et solitude). Prise de conscience aiguë de ces deux mondes parallèles. Maintenant je sais que l'on peut vivre autrement, sans stress, ni compétition, ni agressivité. Cette expérience laisse un souvenir indélébile, celle d'un paradis possible, d'un bonheur entrevu.

vendredi 2 mai 2008

38 et 39e étape - Santo Domingo - Burgos (Castille)





38 - Santo Domingo de la Calzada – Belorado – Villafranca
Rioja - Castille



Les nuages incarnent
les rayons du soleil
sous forme de coquille

Vision étonnante mais bien réelle ! On voit ce que l'on veut dans le ciel. A une autre époque, cela aurait été considéré comme une apparition !


Seul
un glaneur de patates
et d'immensité












Dans le vent
les pailles rases
frottent leurs ailes de cigale

Jamais vu le moindre oiseau
au cabaret des oiseaux !

Entre goudron et chaumes
que vous êtes belles
fleurs sauvages des fossés !

Même les rapaces
ont déserté ces terres
où il n'y a rien à croûter
Le mulot court
à l'ermitage
de ses trésors




Plus que le Matamore
me plaisent
les cigognes d'église
cloches vivantes et pèlerines






Les paysans et leurs machines
ont vaincu
J'entends le glas de la nature


Les châteaux de paille
sont moins dépenaillés
que les villages




39 - Villafranca – San Juan de Ortega – Atapuerca – Burgos
Castille


Chaque matin
la flèche de mon ombre
pour indiquer la voie


Sur le mont des chênes
et des bruyères bleues
la trace –rare- des combats

Après Villafranca (ville des Francs), belle étape sur un plateau à 1000 mètres d'altitude, les Montes de Oca. Il est couvert de landes de bruyère, de chênes et de pins. Au Moyen Âge, les pèlerins redoutaient ce passage à cause des bandits et des loups. Ce lieu désert fut aussi un lieu de carnage pendant la guerre civile espagnole. En effet, une trentaine de villageois furent fusillés ici par les franquistes en représailles. Un monument républicain, toujours fleuri, rappelle ce tragique événement.



Il en fallut des saints
armés de miracles et de reliques
pour croiser les masses de l'Europe
sur la terre espagnole

Le saint n'a pas voulu
de son tombeau de luxe,
- humble jusqu'à la fin

Niché dans une ondulation du plateau, le monastère de San Juan de Ortega (Saint-Jean-des-Orties) est un enchantement. Ce petit bijou a été fondé vers 1150 par un de ces saints architectes, bâtisseurs de ponts et d'églises. Le saint, modeste, n'a pas voulu du somptueux tombeau qu'un noble comte lui avait fait construire. Quand j'y passe, une chorale autrichienne prie avec de merveilleux cantiques. Comme en de nombreux lieux de culte, depuis Stonehenge et Abou Simbel, le site est relié à des phénomènes solaires. A l'équinoxe de printemps et d'automne, un rayon de soleil illumine le chapiteau de la Nativité.


Des cantiques tyroliens
déposent un peu de ciel
sur les pierres du monastère

Ils sont venus pour l'équinoxe
quand le soleil illumine
le chapiteau de la Nativité
"a la cinco de las tardes"

Qui protége l'un de l'autre,
le monastère ou la forêt ?
-les inséparables
Cette forêt
est un cloître de pins roses
où il fait bon chanter

Pas de frontière entre le monastère et la forêt. Celle-ci prolonge celui-là. La déambulation du pèlerin est similaire à celle du moine dans un cloître, mais elle se fait à l'échelle cosmique. Je marche en chantant mon plaisir d'être au monde. Contrairement à ce que disent les grincheux, même si le ciel est vide, le monde n'est pas désenchanté. Pas de sentiment d'étrangeté quand on a deux jambes pour marcher ce que la tête a rêvé. Le monde est à moi, et je suis là, tout entier à cette nature et à cette humanité.

Villages du plateau
tapis dans les creux
- pas une tête ne dépasse
quand le clocher de l'église
peigne les cheveux du vent

(Agès – Villaval)




De sa caverne
l'homme d'Atapuerca
éclaire la marche de l'humanité

Atapuerca, près de Burgos, est un site archéologique, classé au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco. Encore une belle surprise du Chemin ! Les grottes de la Sierra d'Atapuerca contiennent de riches vestiges des premiers humains à s'installer en Europe de l'Ouest il y 1,2 million d'années. Elles ont apporté des renseignements importants pour l'histoire de l'évolution de l'homme : découverte d'une nouvelle espèce, l'Homo antecessor, un ancêtre possible des Néandertaliens, et premières traces de cannibalisme. Un parc archéologique présente ces découvertes.




Atapuerca la cannibale
est dépassée
par son passé
Vue de la Sierra
la ville si proche
est encore à cinq heures de marche !




Au loin, Burgos apparaît, perdue au milieu des vastes terres agricoles de Castille. Mais l'entrée en ville est un enfer pour le marcheur : longue périphérie urbaine, huit kilomètres d'une interminable avenue rectiligne pour arriver au centre-ville. La rencontre de pèlerins québécois, qui deviendront des amis, permettra de surmonter ce désagrément.

La cité hésite
entre son vieux Cid matamore
et sa folle cathédrale

Burgos est la ville du fameux Rodrigue, surnommé le Cid Campeador par les musulmans qui, dit-on, le redoutaient. Cid vient de sidi, caïd, seigneur, en arabe. Ville de la démesure, Burgos est aussi dominée par une excessive cathédrale gothique dont la richesse monumentale m'a fait fuir.


Trop de richesse et de marbres
trop de tombeaux et de retables
trop d'art dans ce temple
qui ne sait plus sa religion


On ne peut imaginer
Rodrigue et Chimène
vieux et morts

Hommage aux amants castillans immortalisés par Corneille. Leurs restes reposent côte à côte dans la cathédrale de Burgos, sous une dalle de marbre. Comme Roméo et Juliette, ils représentent l'image éternellement jeune de la fougue et de la fièvre amoureuse.







Sur la place
le pèlerin nu et fatigué
comme une Vanité

(Burgos)






Cette ville du désert
- Las Vegas jacquaire -
est l'enfer du pèlerin